Présentation par Bruno STREIFF, dramaturge et metteur en scène, en co-animation avec Henri PENA-RUIZ, philosophe.
Hugo enfant a vécu l’occupation violente de l’Espagne par l’armée napoléonienne, décrite dans le tableau de Goya intitulé « El Tres de Mayo ». En France la dérive autoritaire de l’empereur conduit à de vives résistances. Le parrain de Victor, ami de son père, le Général Lahorie, est fusillé en 1812 pour conspiration contre Napoléon. Victor Hugo rappelle le message de son parrain :«Enfant, souviens-toi de ceci : avant tout, la liberté »En 1828, Hugo romancier publie Bug-Jargal, roman qui traite de la révolte des esclaves à Saint-Domingue. Il formule alors un vœu : «Espérons qu’un jour le dix-neuvième siècle politique et littéraire pourra être résumé d’un mot : la liberté dans l’ordre, la liberté dans l’art.» «Le poète est libre» : la préface du recueil de poésie Les Orientales, écrite en janvier 1829, le proclame.
Pour Hugo, le divorce avec le pouvoir royal s’amorce avec la question de la liberté de l’art. Il connait une première fois la censure de son drame Inès de Castro en décembre 1822. Il la subit encore, le 1er août 1829, quand le ministre de l’Intérieur Martignac interdit son drame Marion Delorme, où Hugo dresse un portrait peu flatteur de Louis XIII, accusé de viser en fait Charles X. Comble de condescendance humiliante, le roi tente d’acheter la soumission du poète par une pension, aussitôt refusée.L’écrivain peut vivre de son travail; il n’a nul besoin d’aumône. La question de la liberté va conduire Victor Hugo à rompre avec la monarchie. Au fur et à mesure c’est l’ensemble des libertés que Victor Hugo va découvrir et défendre. La liberté de l’art ; la liberté de la presse ; la liberté du vote, la liberté de conscience à rebours de l’intolérance religieuse ; la liberté des peuples opprimés par le colonialisme. À l’évidence, la lutte pour les libertés va devenir l’orientation essentielle du poète. Cruellement déçu par la monarchie, Victor Hugo se convertira bientôt à la République.